Un chien traverse la neige.
Derrière lui, un hélicoptère norvégien. Depuis l’appareil, un homme tire.
Près de la base américaine, une grenade détruit l’hélicoptère et tue l’un des deux hommes. Le survivant continue de crier et de tirer en direction du chien. Une balle atteint Bennings à la jambe. Garry riposte depuis une fenêtre. Le Norvégien continue encore de tirer ; quelques secondes plus tard, on le retrouve mort, étendu dans la neige.
Pour les Américains, la situation est assez simple : un inconnu armé poursuit un chien, puis vient de blesser l’un des leurs.
Ses cris ne leur donnent aucune explication.
Pourtant, ce qu’il essaie de leur dire concerne précisément le chien.
Les traductions publiées de ses paroles ne sont pas identiques. Certaines formulations ajoutent des éléments que d’autres ne donnent pas. Leur sens général s’accorde néanmoins sur un point : l’homme tente d’avertir les Américains que l’animal n’est pas ce qu’il paraît être.
Cela ouvre une différence possible entre les spectateurs.
Celui qui ne comprend pas le norvégien se trouve, sur ce point, assez près des personnages : il voit la poursuite, les coups de feu, l’explosion, mais les paroles du survivant ne lui apportent aucune information.
Un spectateur capable d’en comprendre suffisamment peut, lui, recevoir un indice supplémentaire.
Pas toute l’histoire.
Pas même une explication de la créature.
Seulement ceci : le chien mérite déjà d’être regardé autrement.
Le film a certes montré auparavant qu’un objet extraterrestre était arrivé sur Terre. Cela suffit à installer une menace, pas à expliquer ce chien ni à révéler ce qu’il transporte.
Et même l’accès au norvégien n’est pas aussi simple qu’il pourrait sembler.
Norbert Weisser a raconté que John Carpenter lui avait donné ses répliques en anglais. Pour apprendre le norvégien, l’acteur est passé par un ami de l’UCLA qui connaissait un Norvégien : il a fait dire les phrases par ce Norvégien, les a enregistrées, puis les a notées phonétiquement, comme il les entendait.
Il ne s’agit donc pas de supposer que chaque spectateur norvégophone reçoit nécessairement un message parfaitement intelligible.
Il suffit qu’il puisse en saisir davantage.
Ce que les sous-titres ne donnent pas
Sur l’édition 4K UHD examinée pour cette note, regardée en version originale sous-titrée en français, les dialogues anglais sont traduits.
Le passage en norvégien, lui, ne l’est pas.
Pour le spectateur francophone de cette édition, les sous-titres permettent donc de suivre les Américains sans lui donner accès à l’avertissement qu’eux-mêmes ne comprennent pas.
Ce détail suffit à produire une situation étrange : la même scène peut contenir davantage d’information pour certains de ceux qui la regardent que pour d’autres.
Rien n’est dissimulé.
La phrase est prononcée à voix haute, devant tout le monde.
Mais être présent dans une œuvre ne signifie pas être accessible à tous de la même manière.
Dans The Thing, quelques secondes de norvégien peuvent ainsi faire varier ce que l’on sait d’une scène sans en changer une seule image.